RED-S : quand le sport épuise le corps de l'intérieur

Nutrition et santé féminine

Fatigue persistante, blessures à répétition, cycles irréguliers voire aménorrhée (arrêt des règles)… Ces signaux que beaucoup de sportives ignorent peuvent cacher un syndrome méconnu mais sérieux.

Vous vous entraînez régulièrement, vous faites attention à votre alimentation, et pourtant votre corps semble en permanence à bout. Les règles se font rares, les blessures s’accumulent, et vous êtes épuisée malgré des nuits correctes. Ce tableau, loin d’être une fatalité du sport intensif, porte un nom : le RED-S, ou syndrome de déficience énergétique relative dans le sport.

RED-S syndrome

RED-S : de quoi parle-t-on ?

Le RED-SRelative Energy Deficiency in Sport — a été formalisé par le Comité International Olympique en 2014. Il décrit les conséquences physiologiques d’un déséquilibre entre les apports caloriques et les dépenses liées à l’entraînement, sur une durée suffisamment longue pour perturber les grandes fonctions de l’organisme. Un nouveau consensus du CIO, publié en 2023, permet à présent de disposer d’outils d’évaluation pertinents et standardisés afin de faciliter le repérage des sportifs à risque.

On parle de déficit énergétique relatif parce qu’il ne s’agit pas forcément d’une restriction alimentaire consciente ou volontaire. Un sportif peut manger « bien », en bonne quantité selon lui, et pourtant ne pas compenser ce que son corps dépense vraiment à l’effort. C’est subtil — et c’est précisément ce qui le rend difficile à détecter.

Le RED-S n’est pas réservé aux sportives de haut niveau. Il peut toucher toute femme pratiquant une activité physique régulière sans ajuster son alimentation en conséquence.

Comment le corps réagit au manque d'énergie ?

Lorsque le carburant manque, l’organisme opère des arbitrages silencieux. Il maintient en priorité les fonctions vitales — respiration, cœur, cerveau — et met en veille tout ce qui peut attendre : la reproduction, la croissance, l’immunité.

Sur le plan hormonal, cela se traduit par une suppression de l’axe hypothalamo-hypophysaire-ovarien. En clair : le cerveau coupe le signal qui déclenche l’ovulation. Les taux de FSH et de LH s’effondrent, l’œstradiol devient indétectable, et les règles disparaissent — c’est l’aménorrhée fonctionnelle.

Or l’œstrogène n’est pas seulement l’hormone du cycle. C’est aussi un protecteur osseux majeur. Sans lui, la densité osseuse diminue progressivement, augmentant le risque de fractures de stress — parfois dès les premières années de déficit.

Les signaux d'alerte à ne pas banaliser

Le RED-S est souvent invisible de l’extérieur. La sportive peut avoir un poids normal, voire un physique athlétique. C’est pourquoi certains signes, que beaucoup attribuent à la fatigue passagère ou au « prix du sport », méritent une vraie attention :

Cycles perturbés

Règles absentes, rares ou très irrégulières depuis plus de 3 mois

Fatigue chronique

Épuisement disproportionné malgré le repos, baisse des performances inexpliquée

Blessures répétées

Fractures de stress, tendinopathies, temps de récupération allongés

Humeur et cognition

Irritabilité, difficultés de concentration, baisse de motivation

Troubles digestifs

Ballonnements, constipation, sensations de froid persistantes

Bilan hormonal bas

FSH, LH, œstradiol effondrés malgré l’absence de ménopause

Le rôle central d'un suivi diététique personnalisé avec une diététicienne

La prise en charge du RED-S repose avant tout sur la restauration d’une disponibilité énergétique suffisante. Ce n’est pas simplement « manger plus ». C’est comprendre la composition de l’alimentation, le timing des apports autour de l’effort, les besoins spécifiques en glucides, protéines, micronutriments — et surtout, lever les croyances qui ont pu mener au déficit.

Beaucoup de sportives ont intégré des représentations erronées sur la légèreté corporelle et la performance, sur les aliments « à éviter », sur le fait de manger peu comme signe de discipline. Un accompagnement diététique bienveillant et informé permet de reconstruire une relation apaisée à l’alimentation, tout en répondant aux exigences réelles du corps en mouvement.

L’approche est nécessairement pluridisciplinaire : médecin du sport, gynécologue, parfois psychologue selon les situations. Mais la diététicienne est souvent l’interlocutrice de première ligne, celle vers qui la sportive se tourne spontanément.

Ce qu'un suivi nutritionnel adapté peut apporter

Ce que dit la recherche aujourd'hui

Les connaissances sur le RED-S progressent rapidement. Les travaux récents montrent que les conséquences sur la fertilité peuvent persister au-delà de la période de déficit, et que la récupération hormonale — bien que possible — peut prendre plusieurs mois à années selon la durée et l’intensité du déficit.

La sensibilisation des professionnels de santé reste un enjeu majeur. Trop souvent encore, l’aménorrhée de la sportive est considérée comme « normale » ou anodine. Les recommandations actuelles sont claires : une absence de règles chez une femme en âge de procréer n’est jamais un état physiologique acceptable, quel que soit son niveau d’entraînement.

Et les hommes dans tout cela ?

Le RED-S est longtemps resté associé à la femme sportive, notamment à travers l’ancienne notion de « triade de l’athlète féminine ». Mais les recherches des dernières années sont sans ambiguïté : les hommes sont également concernés, même si le syndrome y est encore plus sous-diagnostiqué. Chez le sportif masculin, le déficit énergétique chronique peut se manifester par une baisse de testostérone, une diminution de la libido, une densité osseuse fragilisée, des performances stagnantes malgré l’entraînement, ou encore une fatigue inexpliquée. Des signes souvent attribués au surmenage ou au « surentraînement », alors qu’ils trouvent leur origine dans l’assiette.
RED-S sport diagramme

Les sports à catégories de poids, les disciplines d’endurance ou celles valorisant un physique léger — cyclisme, triathlon, course à pied, aviron, sports de combat — sont particulièrement concernés. Hommes comme femmes peuvent y développer un rapport à l’alimentation insuffisant face à leurs dépenses réelles, souvent sans en avoir conscience.

Vous vous reconnaissez dans ces signaux ?

Un bilan nutritionnel personnalisé permet d’évaluer votre disponibilité énergétique, d’identifier les ajustements nécessaires et de vous accompagner vers un équilibre durable entre performance et santé. Je travaille actuellement en lien avec les équipes médicales du CHU de Montpellier pour une prise en charge coordonnée.

Cet article est rédigé à titre informatif et ne se substitue pas à un avis médical. Si vous présentez des signes évocateurs de RED-S, consultez votre médecin ou un professionnel de santé spécialisé en médecine du sport. Je participe activement à un groupe de travail pluridisciplinaire sur le RED-S, en lien avec des équipes hospitalières universitaires, afin de rester au plus près des connaissances actuelles sur ce sujet.